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Édition #20 — 13 OCTOBRE 2019

Cher ami du whisky,

Après un petit break dimanche dernier, on est de retour !

Et au programme de ce vingtième Whisky Weekly, un récit. Celui de mon court séjour en pays écossais, le week-end dernier 🏴󠁧󠁢󠁳󠁣󠁴󠁿

Et comme vous allez le constater, on est allé de surprise en inattendu…

Bonne lecture,

Robin

Journey into joy

Quelques digressions sur l’Ecosse, pour raconter ce pays qu’on adore.

5 jours en Ecosse en 5 choses inattendues

Chose inattendue n°1 : on a failli pas partir !

Mercredi 2 octobre, 20h00. Alors que les sacs sont fermés, que tout est bouclé, qu’on est prêts à partir à l’aéroport pour notre vol prévu 2 heures plus tard, le chat se fait la malle. Oh bordel ! C’est un chat d’intérieur qui n’a jamais mis les pattes dehors : impossible de savoir comment il va réagir, s’il saura revenir, etc. Et donc impossible de le laisser à son propre sort.

Alors on part à sa recherche… et on y passe la soirée, en vain. Vol manqué, on se couche inquiets pour le chat et tristes de ne pas savoir si on pourra finalement voir l’Ecosse alors que ça fait des mois qu’on y pense. Courte nuit… et au petit matin, voilà le chat qui revient tranquillement, et qui, avec pour seule excuse, nous réclame un peu de bouffe. L’enfoiré !

On le ferme dedans, on se demande ce qu’on fait, on jette un oeil à internet, et par bonheur, on trouve un vol pour le jour même, avec escale et à un prix raisonnable. On décolle quelques heures plus tard, et à 15h35 heure locale, on pose le pied à Edimbourg ! Alleluia ! Mais un autre gros morceau nous attend : 4 heures de route pour rejoindre notre hôtel du soir, à Mallaig, face à l’île de Skye.

On devait prendre la journée pour y arriver, on va se le faire d’une traite. Et en conduisant à gauche, une première pour moi 😧

Mais on s’adapte finalement assez vite à cette drôle de particularité britannique, et à 21h, on débarque à Mallaig sous une pluie fine, après avoir traversé les superbes montagnes des Highlands à la tombée du jour. Fin d’une journée marathon : on a manqué la visite de Glengoyne, on n’a pas pu se promener autour de Glencoe, mais on est quand même hyper contents d’être là !

Chose inattendue n°2 : (presque) pas de pluie en Ecosse, en octobre.

Oui oui, sans mentir ! Une petite pluie fine le premier soir en arrivant à Mallaig, quelques gouttes en fin de journée le troisième jour, et même pas de quoi mettre une capuche lors de la dernière journée à Edimbourg.

Déception ? On n’ira pas jusque là 😉

Plutôt la joie de passer notre seule journée sur Skye sous un soleil radieux ! Evénement assez exceptionnel si on en croit les locaux.

Alors tant pis pour les visites des distilleries locales, Talisker et Torabhaig : aujourd’hui, on profite de l’extérieur et des magnifiques paysages de l’île. Neist Point, the Old Man of Storr, Portree, et toutes les superbes petites routes entre ces spots.

On s’est quand même arrêté jeter un oeil à la petite Torabhaig, au sud de Skye, en production depuis 2017 et dont les premiers whiskies sortiront l’an prochain. Très belle distillerie de petite taille, en bord de mer, avec de chouettes installations. Pas de visite car trop beau temps (et car pas encore de whisky à déguster), mais voilà un arrêt à conseiller, au moins pour le cadre. Et vivement qu’on puisse découvrir leurs whiskies dans quelques mois !

Chose inattendue n°3 : petit ne veut pas forcément dire mieux…

En partant visiter des distilleries écossaises pour la première fois, j’avais en tête de ne faire que des petites distilleries. D’abord parce que j’aime le côté artisanal de la production, mais aussi parce que je me disais qu’il serait plus facile d’échanger, de vivre des expériences inattendues.

J’avais donc prévu de passer par Glengoyne, puis Benromach et Edradour, avec en bonus Glenfarclas si le temps nous le permettait.

Glengoyne ayant été manquée, j’étais impatient de découvrir Benromach. Pour l’anecdote, Benromach était la première dégustation que j’avais fait au Hopscotch, au début de l’été 2018, à mon retour d’une longue expatriation québécoise. Une dégustation que j’avais vraiment adoré, découvrant cette petite distillerie artisanale qui a pour ambition de faire un single malt du Speyside “à l’ancienne”, donc avec une pointe de tourbe dans son malt. J’aime beaucoup tout ce qu’ils font, et j’étais donc enthousiaste de visiter cette distillerie.

Sauf que, ne m’y prenant que le matin même pour réserver notre visite de l’aprem, je constate que le “grand tour” est complet ce jour-là, et qu’il ne reste que le tour “classique”. Mince. Bon, allons-y avec ce tour “classique”.

La visite est intéressante, les installations sont belles, le guide est affable, mais le tout n’est pas aussi wow que je l’avais imaginé. J’avais peut-être de trop grandes attentes 😉

Peut-être parce que je trouve la visite un peu expédiée (faut dire qu’on est en fin d’après-midi). Peut-être parce qu’on est nombreux dans le groupe. Peut-être parce qu’on ne vit pas de petit moment d’exclusivité — goûter au mash, ou à un dram au cul du fût, aurait été top. Mais surtout, parce qu’elle est bien trop calme, et pour cause : la distillerie est à l’arrêt le samedi 🙁

En fin de visite, les whiskies proposés à la dégustation avec ce tour classique sont eux aussi assez… classiques, avec le 10 ans et le (très bon) 15 ans. Pour 8£, ce tour d’une heure vaut quand même le coup, mais selon moi, c’est surtout intéressant lorsqu’elle est en production, et pour se rendre compte de ce qu’est une petite distillerie, où tout se fait encore à la main, où on ne compte qu’une paire d’alambics, où on ne produit qu’un demi-million de litres par an.

Si jamais vous êtes dans le coin, la distillerie Dallas Dhu, située juste à côté et fermée depuis 1983, a été transformée en musée. Tout y est comme il y a 50 ans, et on a trouvé que sa visite valait le coup, pour prendre le temps d’explorer les étapes de la fabrication du whisky, mais surtout pour voir à quoi pouvait ressembler une assez grosse distillerie dans les années 50-60-70.

Chose inattendue n°4 : …et énorme ne veut pas non plus dire moins bien.

J’avais pas anticipé que la production de whisky pourrait être au ralenti durant le week-end. Alors que Benromach était à l’arrêt le samedi, le dimanche est carrément un jour de fermeture pour de nombreuses petites distilleries. Edradour, fermée ; Glenfarclas, fermée ; Glenallachie, fermée.

Mais puisqu’on était au coeur du Speyside, on avait quand même un grand choix de visites possibles le dimanche. Macallan, pour voir leurs nouvelles installations ultra-design ? Strathisla, Glenfiddish, Aberlour… ? Et si finalement, après avoir visité une des plus petites, on allait voir LA plus grosse ?

Banco ! Direction Glenlivet, gigantesque distillerie appartenant au groupe Pernod-Ricard. 5M de litres par an jusqu’en 2010, 10M jusqu’à l’an dernier, et désormais 21 millions de litres de whisky produits chaque année. Premier producteur écossais (Glenfiddish devrait lui repasser prochainement devant après la fin d’importants travaux), Glenlivet se vente d’écouler toute cette quantité uniquement en single malt.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, et j’ai été agréablement surpris. La visite est soignée, le guide est ici aussi très sympa, même si on a du mal à le faire parler d’autre chose que de son discours très rodé. Ce que j’ai trouvé le plus intéressant, c’est en fait de voir à quoi ressemble une production industrielle de whisky. Tout est automatisé, tout est gigantesque. Glenlivet compte par exemple 14 paires d’alambics, qui tournent 24h/24, 7j/7 !! C’est fou, mais ça nous a permis de voir un alambic en cours de distillation ce jour-là.

La visite classique est un peu plus chère que Benromach (12£) mais, entre l’ensemble un peu plus soigné, un troisième whisky à déguster et un petit sentiment d’exclusivité, on a trouvé que ce n’était pas moins intéressant. L’exclusivité ? Un dram servi directement au cul du fût, dans le coin d’un chai ! Un single cask assez âgé, très influencé par le sherry. Quel âge ? Une vingtaine d’années, d’après notre guide. Peut-être que oui, ou peut-être moins, on sent en tout cas que ce moment a soigneusement été mis en scène, qu’il fait presque un peu too much. Mais comme ce dram était délicieux, on ne s’en plaindra pas.

La visite, un peu plus longue que chez Benromach, se termine par deux whiskies très classiques, sans grand intérêt. Mais on sent bien que le marketing s’est emparé de l’expérience de visite pour la rendre sympathique malgré l’énorme taille de la distillerie. Bien joué Glenlivet.

Chose inattendue n°5 : on trouve plus de choix à Toulouse, et pour moins cher.

Ok, je grossis un peu le trait, laissez-moi vous expliquer. Samedi soir, on passe la soirée et la nuit au Mash Tun, à Aberlour, en plein coeur du Speyside. Avec le Spirit Safe du Station Hotel et le Copper Dog du Craigellachie Hotel, le Mash Tun est un des bars à whisky les plus réputés du Speyside. Je m’attendais donc à avoir de sacrés maux de tête pour choisir un ou deux drams pour l’apéro.

Que neni : même s’il affiche des centaines de bouteilles derrière le bar, le Mash Tun propose presque uniquement des embouteillages officiels de whiskies qu’on peut assez facilement trouver en France. Et surtout, à des prix nettement plus élevés qu’ici. En fait, niveau intérêt des whiskies proposés, j’ai trouvé que notre Hopscotch national recelait de bien plus de bouteilles excitantes que ce Mash Tun.

Enfin presque. Car le Mash Tun dispose d’un argument de poids, d’une pièce presque unique au monde : la collection complète des Family Casks de Glenfarclas, de 1952 à 2003. Ces whiskies single cask et brut de fût sont très rares et très réputés. D’après ce que j’ai pu voir, ils ont tous été embouteillés entre 2006 et 2018. Le 1952, embouteillé en 2006, a donc plus d’un demi-siècle d’âge. Et son prix fait tomber à la renverse : 1500£ le verre.

Je n’ai évidemment pas pris un cinquantenaire, je me suis contenté d’un 2001 ayant passé 16 ans dans un fût de sherry de premier remplissage. Et c’était incroyable ! Très très très marqué par le fût (au point qu’on lui donne volontiers plus de 20 ans de prime abord), c’est clairement un whisky qui ne laissera pas indifférent : soit on adore, soit c’est trop. Je fais partie de la première catégorie, et il est immédiatement rentré dans mon top 3 des meilleurs whiskies auxquels j’ai pu gouter à ce jour. Je peine à m’en remettre, et si vous avez l’occasion d’essayer un jour, allez-y les yeux fermés !

Sinon, sur les conseils du barman, j’ai aussi essayé un Glenallachie, distillerie que je connaissais très très peu. Cette petite distillerie du Speyside a récemment été reprise par Billy Walker, l’ancien propriétaire de Glendronach, revendue en 2016 aux américains de Brown-Forman. Et je trouve qu’on retrouve chez Glenallachie des airs de Glendronach, avec l’influence marquée du sherry. J’ai goûté le tout nouveau 15 ans d’âge, et c’était vraiment bien !

Il y a quelques mois, on vous avait parlé de nos “découvertes” à propos de la conservation des bouteilles ouvertes. Ça nous a vraiment marqué, si bien que je ne conserve désormais plus de whisky dans des bouteilles ouvertes, seulement dans des petites fioles de 3,5cl.

Et ça m’a posé question dans ce Mash Tun. Car toutes les bouteilles contiennent une quantité importante d’oxygène, et notamment plusieurs Family Cask. Le 1952 par exemple n’est plus qu’à moitié rempli ; je ne sais pas à quelle date la bouteille a été ouverte, mais ça signifie quand même que la personne qui claquera 1500 balles pour boire un verre du whisky de son année de naissance… n’aura peut-être même pas un whisky au top de sa forme ! Ça pose question, et pour ma part, j’ai choisi le whisky dont la bouteille était la plus pleine 😉

Bonus : aucune déception avec la SMWS… mais comme d’hab, de belles surprises

Pour finir, il fallait bien que je vous parle de la Scotch Malt Whisky Society. On se retrouvait à Edimbourg avec Julien et Romain le dimanche soir, ultime soir de mon séjour et premier soir du leur. Et évidemment, on ne pouvait pas aller ailleurs qu’à la SMWS.

Découverte du 28 Queen Street, le bar de la society dans Edimbourg. Découverte aussi de la salle des membres, intimiste, très cosy et presque intimidante au début, mais dans laquelle on pourrait passer des heures dès lors qu’un premier dram est venu nous dérider. C’était une chouette expérience, qu’on recommande là aussi (et si vous y êtes un autre jour qu’un dimanche — décidément —, ils ont un restaurant gastronomique à l’étage du dessous qui à l’air extra).

Quelques belles pépites découvertes ce soir-là :

  • le Emperor’s Old Clothes, un Macallan de 29 ans de la collection The Vaults, un whisky très subtil et magnifique en bouche.
  • le Treasure Trove, un Craigellachie de 15 ans, pas encore sorti en Europe, qui a maturé en bourbon et fûts neufs fortement toastés : un gros coup de coeur ! Tiens d’ailleurs, ça fait au moins quatre Craigellachie de la SMWS sur lesquels on prend de petites claques : cette distillerie commence à coter haut dans nos coeurs.
  • un Diluaine dont j’ai oublié le nom mais que j’ai beaucoup apprécié — je n’avais jamais dégusté de whisky de cette maison, et ça a éveillé ma curiosité.
  • et un truc auquel je voulais goûter depuis un bail : un vieil Armagnac embouteillé par la SMWS. Là encore, c’était excellent !!

C’est ainsi que se terminait notre périple, et que commençait celui de Julien & Romain, à la rencontre d’une douzaine de distilleries. Vivement qu’il nous raconte ça ici même très bientôt…

Ça vous a plu ?

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