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Édition #22 — 4 NOVEMBRE 2019

Cher ami du whisky,

Voici la seconde partie de notre Highlands Whisky Trip. On s’était quitté la semaine dernière sur une journée de routiers passée sur les bords de la rivière Ness.

Avides de natures, de terres plus sauvages et isolées et surtout de malts nouveaux, nous décidâmes de partir plein Nord !

Allez c’est reparti !

Julien

PS : on prend la mauvaise habitude d’envoyer nos emails du dimanche soir, le lundi matin. Nos excuses pour ces petits décalages 😉

Journey into joy

Le Highland Whisky Trip de Julien & Romain, partie 2

Dimanche 9 octobre

Réveil matinal sur les coups de 8h du matin. Pour une nouvelle grosse journée de conduite penserez-vous ? Et bien pas tout à fait.

Nous sommes deux enfants du sud-ouest, c’est la coupe du monde rugby et l’Ecosse joue ce matin sa survie dans sa poule contre la Russie. Trop de bonnes raisons pour ne pas apprécier un petit déjeuner d’anthologie au pub molièrement nommé “Encore une fois”. Ce sera un “full Scottish breakfast” pour Romain et des œufs brouillés au saumon fumé pour moi devant une orgie d’essais de nos amis calédoniens. Ou comment commencer cette journée sous les meilleurs hospices.

Il est temps de redémarrer le moteur en direction du Muir of Ord et la visite de Glen Ord, une immense distillerie appartenant au mastodonte Diageo et produisant plus de 11 millions de litres d’alcool pur par an.

Elle sert notamment à produire du blend pour les marques Dewar et Johny Walker mais aussi un single malt uniquement exporté en Asie, The Singleton of Glen Ord.

Agé de 12 ans, il est correct et assez gourmand évidemment, sur les fruits secs et les agrumes avec une finale dominée par le sherry. A noter que la décoration de la boutique, ainsi que le petit musée racontant l’histoire de la distillerie sur cette terre très agricole, sont très agréables et inattendus pour une distillerie que l’on supposait principalement dédiée à une production industrielle du malt.

On reprend la navigation en laissant la péninsule de l’île noire à tribord et l’on tombe nez à nez au bout d’une vingtaine de miles sur les drapeaux noirs menaçant de Dalmore.

Cette distillerie à la bouteille si classe ressemble à une épave de bateau pirate échouée au bord de l’eau. Nous entrons bravement dans la petite boutique et jetons notre dévolu, au chic tasting bar, sur les très torréfiés et distingués Dalmore Port Wood Reserve et Dalmore 18 ans. Le premier nommé avait des influences de fuits confits grâce à sa finition en barrique de porto et le second un côté chocolaté puis caféiné très affirmé et typique de la distillerie.

En quittant ce navire noirci, une irrépressible envie d’océan s’est manifesté et nous avons levé les voiles cap nord-est vers l’adorable village de pêcheur de Portmahomack et la pointe de Wilkhaven dominé par le phare de Tarbat.

Après ce bon bol d’air iodée, on reprend la remontée de la côte nord-est jusqu’à Golspie où le déjeuner a pris la forme d’un délicieux fish & chips de chez Trawler englouti avec gratitude sur un banc face à la mer. Pas le temps d’admirer le magnifique château de Dunrobin construit dans ce village car on est à quelques encablures de la mythique Brora et que la distillerie Old Pulteney à Wick ferme ses portes à 16 heures.

A Brora, la moderne distillerie de Clynelish construite à la fin des années soixante fait face à son illustre prédécesseur fermée. Je parle bien sûr de Brora, actuellement en rénovation et qui va renaitre courant 2020. Clynelish ne paie pas de mine mais son 14 ans est très bon : du fumé iodé, de la douceur et un peu de plantes.

La route sinueuse entre Brora et Wick est réalisée à tombeaux ouverts en mode rally par notre pilote Romain qui n’aurait rien eu à envier à Colin McRae.

Nous avons donc pu disposer d’un petit quart d’heure à Old Pulteney pour déguster un 18 ans aux accents salins et épicés et le nouvel Huddart de bonne facture, plus fumé et légèrement mielleux.

Une ballade dans le port coloré et le vieux quartier marin bien rénové nous a permis de nous rendre compte que l’ancienne capitale européenne de la pêche au hareng semble aujourd’hui très silencieuse et en attente d’une hypothétique reconversion. Les débuts réussis de l’éolien nautique et ses fermes sous-marines semblent être une belle porte de sortie. Tant mieux, quand il y a du boulot, il y a de la vie et du bon whisky !

En nous servant une boisson désaltérante, le barman de l’hôtel MacKays, portant le nom du clan local, nous chante les louanges de la petite distillerie de Wolfburn à Thurso ouverte très récemment. Ça tombe bien, c’est la prochaine étape du voyage et la providence nous fait trouver, dans les faubourgs de la ville à la tombée de la nuit, un adorable Bed & Breakfast, la Valleyview House. Un bon dîner en ville au Bydand puis la descente de quelques bières et whiskies au Commercial Pub en écoutant des musiques traditionnelles jouées par les villageois soldèrent cette belle journée sur la côte Nord-Est de Highlands.

Jeudi 10 octobre

Un réveil bucolique avec vue sur les champs, la mer du Nord et les falaises du Dunnet Head, suivi par un petit déjeuner local extrêmement copieux servi par les bons soins de la maîtresse de maison. Inutile de vous dire que nous vous recommandons chaudement cette adresse sur cette côte Nord.

Attirés par ces belles falaises en face de nous, nous rebroussons notre chemin le long de la superbe Dunnet Bay jusqu’au phare de Dunnet Head où les vents violents auraient pu décorner les bœufs les plus robustes. Amateur de gin, Romain en profita pour gouter celui de la petite distillerie de Dunnet Bay qui reçut une bonne note.

 

Retour à Thurso pour la visite de l’effectivement très petite distillerie de Wolfburn où les bureaux, la production et la mini-boutique tiennent dans un hangar. Construite en 2013, et mettant donc en bouteilles ses whiskies depuis 2016, ce fut notre coup de cœur du séjour !

Seuls sur le parking, accueillis très poliment par le chef de la production, nous avons eu droit de déguster gratuitement pas moins de six single malts tous plus réussis les uns que les autres. Cela m’a rappelé quand j’avais eu la chance de déguster les Spring & Summer Release 2010 de Kilchoman, il y a 10 ans. C’est jeune, artisanal et sacrément bien fait !

Le plus brièvement possible :

  • Wolfburn Northland, maturé en quarter casks de bourbon dont une grande partie ont contenu du Laphroaig. Un nez frais et iodé, malté et citronné avec une pointe de tourbe fumée. Une bouche douce de fruit sec salé, toujours légèrement fumée. 4/5
  • Wolfburn Aurora maturé en fûts quarter casks pour 40%, en fûts de bourbon de premier remplissage pour 40% et en fûts de sherry oloroso pour 20%. Un nez sur les amandes avant un sherry torréfié puis une bouche épicée et vanillée avant un finish long et savoureux. 4,25/5
  • Wolfburn Morven, à l’orge maltée légèrement toubée, maturé en quarter cask de bourbon. Un nez fumé et boisé très légèrement fruité, avant une bouche légèrement tourbée et poivrée allant vers du biscuit sec. La finale est plutôt ronde et épicée.
  • Wolfburn Langskip, maturé uniquement en fût de bourbon de premier remplissage et brût de fût à 58%. Un nez boisé et de fruits secs, une bouche gourmande et toujours fuité avant un long finish sur la vanille et le caramel. 4/5
  • Wolfburn Small Batch n°375, maturé 4 ans en fûts de bourbon de premier remplissage de 100 litres et hogshead oloroso de second remplissage. Un nez sur le sherry et la pomme, une bouche plus boisée et vanillée avant un finish très long. 3,75/5
  • Wolfburn From the Stills – Autumn 2019 disponible uniquement à la distillerie en 300 bouteilles sorti fin septembre. Il était délicieux mais votre serviteur n’a pas pris de notes !

Après la plus belle dégustation du voyage, nous quittâmes Thurso et longeâmes la côte Nord plein ouest en direction de Tongue. Comme la veille, sans logement réservé, nous eûmes la chance de tomber à la sortie de ce village sur la réceptionniste du superbe Kyle of Tongue Hostel qui allait fermer pour la journée faute de réservation. Elle nous a donc fait payer la nuité pour une jolie chambre et laissé les clefs de cette superbe bâtisse, ancien relais de chasse de la duchesse de Sutherland possédant une imprenable vue sur le Kyle, un bras de mer faisant penser à un fjord scandinave.

Rassuré par l’obtention d’une chambre pour la nuit, nous fîmes honneur à la table du Ben Loyal Hotel dont je vous recommande chaudement la cullen skink (soupe Écossaise épaisse à base de haddock fumé, de pommes de terre et d’oignons) et les beignets de langoustines pêchées par le bateau du patron.

Une jolie balade digestive jusqu’au Varrich Castle plus tard, nous partîmes sur Durness en longeant toujours la côte où les jeux de lumières sur les lochs bouillonnants à babord et les grandes plages de sable blanc à tribord furent un régal pour les yeux. Juste avant Durness, un petit arrêt pour se mettre les pieds dans l’eau sur la magnifique plage de Ceannabeinne bordée d’une belle falaise de granit rose zébrée de noir.

L’arrivée dans l’austère Durness, extrémité occidentale de notre road trip, a été récompensée par un improbable et délicieux chocolat chaud chez Cocoa Mountain juste avant la fermeture. Succulent et salvateur pour nous donner le courage d’un retour à la nuit tombée dans notre manoir tonguien. Un nouveau bon repas au Ben Loyal Hotel arrosé d’un décevant Highland Park Valkyrie pour moi et d’un Cu Bocan de chez Tomatin très sec pour Romain au son des musiciens amateurs locaux achevèrent une nouvelle journée inoubliable.

Vendredi 11 octobre

Un épais rideau de pluie floutait le Kyle of Tongue pendant que nous établissions le plan de route de la dernière grosse journée de voyage en grignotant les délicieux gâteaux maisons trouvés sous une grosse cloche dans la cuisine de la maison. Ce sera une belle descente plein sud parsemée d’arcs-en-ciel à travers les lochs et les collines des Highlands du Nord jusqu’à Lairg où nous nous arrêtâmes pour un déjeuner très frais au Pier Café.

A 5 minutes de là, l’arrêt aux chutes de Shin n’est pas obligatoire mais il est assez génial de voir de gros saumons sauter plusieurs mètres de haut à contre-courant pour tenter d’attendre le sommet de la cascade afin de continuer leur migration.

La première distillerie de la journée, en début d’après-midi, s’appelle Balblair, et outre sa jolie architecture et son logo picte, les 12 et 15 ans dégustés ne nous ont pas laissés un souvenir impérissable. Par contre, le 18 ans ramené en mignonnette et dégusté cette semaine avec Robin et Romain est très complexe et savoureux.

Chemin faisant, nous arrivons à Tain où se dressent, au bord de l’eau, les panneaux de Glenmorangie, distillerie appartenant à LVMH.

Nous poussons patriotiquement les panneaux de la jolie boutique et Romain choisit au tasting bar le nouveau Glenmorangie Allta 2019. Un nez surprenant, vanillé mais pas bourbon, une bouche sur les pêches brûlées toute en rondeur, de la complexité et une belle longueur qu’il nota 7,5/10.

En continuant la descente, un mini détour pour une blonde à la fameuse brasserie bio Black Isle s’imposait et elle nous séduisit tellement que le dîner fût une pizza au bar de la brasserie à Inverness. Nous vous recommandons chaleureusement ce lieu et leurs 26 bières pression maison. La descente s’arrêtera pour la journée dans le dortoir de l’Aviemore Youth Hostel perdu dans les bois.

Samedi 12 octobre

La journée commença par des heures de balade autour du joli Loch Morlich avant une descente vers Pitlochry et Edimbourg, la magnifique.

La dernière distillerie du voyage se nomma Dalwhinnie. Sa belle façade blanche abritait un 15 ans d’âge très crémeux et typique des Highlands du Sud. Après quelques emplettes sur le Royal Mile de la capitale, nous avons testé pour la première fois l’Amber Bar du Scotch Whisky Expérience et ses plus de 400 références. Il possédait à la carte le premier whisky de Kingbarns qui a ouvert ses portes à Saint Andrews en 2014 et a permis à la petite région des Lowlands de compter une nouvelle distillerie. Un très acidulé sur les fruits exotiques et un fort goût de banane en bouche en font un whisky très original. Le voyage s’est terminé comme il a commencé à la Scotch Malt Society de Queen Street où le repas fut très bon mais les cocktails au whisky… à éviter !

Dimanche 13 octobre

C’est l’heure du retour dans la ville rose et celui d’un dernier craquage à l’aéroport pour Romain et moi. Le House Greyjoy & Talisker Select Reserve (celui de la collection Game of Thrones) pour lui et l’excellent Coull Point de Kilchoman, seulement disponible en duty free, qui m’avait déjà fait craquer l’an dernier.

Cheers!

 

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